Je n’ai pas envie de vous expliquer tout ce que mon père m’a fait subir car il était ministre. Voici néanmoins une partie de mon histoire.
J’étais malade à l’âge de 5 ans jusqu’à l’âge de 12 ans. J’ai été amené en Italie à l’âge de 5 ans à Rome à l’hôpital Bambino. Je faisais un peu le va-et-vient dans les autres hôpitaux mais l’hôpital Bambino était un peu comme ma résidence principale. C’est là-bas que j’ai appris à parler italien et à écrire en italien. Après sept ans passés en Italie, je suis rentré en Côte d’Ivoire.
J’ai retrouvé mon père qui s’est converti à l’islam, ma mère, elle, était musulmane de base. C’est là qu’il m’a donné un nom musulman, tandis que j’étais déjà baptisé par lui-même à l’église, précisément à la cathédrale de Yamoussoukro. Après sa conversion en islam, il avait construit deux grandes écoles coraniques pour donner à la communauté musulmane de la commune d’Abobo. Il voulait se servir de moi comme exemple : il m’a inscrit dans cette école coranique. J’y suis resté un an. Comme le prof disait que j’apprenais très vite, mon père voulait que je continue dans cette voie. Mais, j’ai dit que je voulais faire l’école normale car je n’ai pas eu la chance de faire l’école en français. En plus, je partais à l’église les dimanches avec mes grands-parents.
Un jour, je me suis décidé, j’ai parlé avec ma mère car elle était plus compréhensive. Elle en a parlé à sa sœur qui est mariée à un Italien prof d’histoire. Ils vivent ensemble en Espagne. Donc ma tante est venue me récupérer quand on est arrivé en Espagne. Moi, je voulais être scolarisé dans une école française. Comme j’ai mon demi-frère en France, ma tante a demandé si je pouvais venir chez lui pour faire mes études.
Je me suis retrouvé à 13 ans à l’aide sociale à l’enfance qui m’a pris sous son aile.
Je suis donc venu en France chez mon demi-frère. Mais comme il fait du Body Move (mélange de fitness, de danse et de zumba, ndr), il n’était jamais à la maison, toujours en déplacement. Il me laissait tout seul à la maison, parfois avec sa copine, mais elle aussi n’était jamais à la maison. Elle partait dans son salon de coiffure. Un jour, quelqu’un a dû signaler à l’aide sociale à l’enfance que mon frère me laissait à la maison tout seul. Je me suis retrouvé à l’aide sociale à l’enfance à l’âge de 13 ans.
Les chemins de la vie m’ont mené chez mon demi-frère où j’ai découvert l’école, la fraternité et l’espoir. Mais le destin a décidé autrement et l’aide sociale m’a pris sous son aile, me conduisant vers un nouveau collège, à Nanterre, où j’ai grandi, où j’ai appris.
J’ai suivi les pas de mon cœur et j’ai choisi un CAP, assistant technique en milieu familial et collectif. Mais mon cœur aspirait à plus, à soigner, à aider. J’ai alors rencontré Madame Cuenot et Madame Rousseau, deux anges qui m’ont guidé vers le métier d’aides-soignantes.
Leurs yeux brillaient de passion, leur cœur débordait d’amour. Elles nous ont accompagnés, mes camarades et moi, sur le chemin de la connaissance, jusqu’à l’obtention de notre diplôme. Je leur suis éternellement reconnaissant pour leur soutien, leurs encouragements, leur dévouement. Merci, mesdames, d’avoir cru en moi, merci de m’avoir montré la voie. bien cordialement.
Anonyme, un ancien élève de l’IFAS (Institut de Formation d’Aide-Soignant)
Illustration : L’hôpital pédiatrique Bambino Gesù à Rome sous juridiction extraterritoriale du Vatican. Photo : MarteN253/Wikimedia Commons.
Articles parus dans Tous Auffray Mag n°7, janvier 2026.
