Concilier ses études avec le sport de haut niveau n’est pas toujours facile, surtout quand le bac approche. Une interview réalisée par sa camarade de classe en TST2S B et championne d’athlétisme, Rihanna.
Depuis combien de temps pratiques-tu ton sport ?
Je pratique la boxe depuis 3 ans.
Est-ce que tu aimes ce que tu fais ?
Franchement, j’aime. Après, il y a des moments, sans mentir, c’est très compliqué, c’est très dur. Avec le train de vie qu’on mène avec l’école, etc., je rentre tard, je dors tard. Mais quand je vois les résultats, ça nous pousse à continuer.
Quels sont les bons côtés et les mauvais ?
Avant de pratiquer la boxe, je n’avais pas confiance en moi, j’étais quelqu’un qui me dénigrait énormément, je ne croyais pas en moi. Et à l’heure actuelle, je sais ce que je veux faire et je sais que je vais le faire.
Tu te vois continuer le sport ?
Franchement oui ! Parce que j’ai trouvé ma voie parce que je sais que j’ai du potentiel. Et le fait que je sache ça, ça me pousse à accéder au plus haut possible.
C’est quoi tes réussites ?
Durant ma première année de boxe, j’ai été chez les jeunes. Et très rapidement j’ai pu accéder au cours des adultes, quand j’avais 14 ans. Ça m’a permis d’évoluer très rapidement et à la fin de ma première année, j’ai directement passé des combats. J’ai été trois fois championne de France, cinq fois championne d’Île-de-France, et durant un de mes combats, j’ai été repérée par l’équipe de France qui m’a proposé un stage.
J’ai aussi été vainqueur de la coupe de France. Il y a deux types de combats : les combats en light, c’est de la touche, et les combats par KO. Au début, vu que les gens de mon âge ne faisaient pas de combat par KO, j’étais toute seule à en proposer. Mais l’année d’après j’ai trouvé une adversaire pour les combats par KO. Là, j’ai fait championne d’Île-de-France.
Puis elle a arrêté, j’étais à nouveau toute seule dans cette catégorie. Mais à 15-16 ans je suis passée en junior. Et là, j’ai commencé à avoir des adversaires et j’ai enchaîné trois titres de championne de France.
Quand on passe pro en boxe, on est considérée comme arme blanche. Si on a une bagarre, on peut aller en garde à vue.
Tes copines, elles aiment bien sortir avec toi parce qu’elles se sentent en sécurité ?
(Rires) même les parents de mes copines… genre, ils disent qu’elles sont entre de bonnes mains, qu’ils n’ont pas peur…


Est-ce que tu as déjà utilisé ta force en dehors du sport ?
Non… avant la boxe, j’étais réputée à l’école pour être quelqu’un d’agressif, alors que pas du tout. C’était juste par rapport à mon gabarit. J’avais parfois l’occasion de me battre. Mais depuis que je fais de la boxe, non pas du tout. Depuis que je fais de la boxe, je ne veux pas avoir de problème par rapport à mes licences.
On a le droit d’utiliser sa compétence quand on est super fort ?
En gros, quand on passe pro en boxe, on est considérée comme arme blanche. Si on a une bagarre et qu’on bat la personne, on a de grosses répercussions comme aller en garde à vue…
Qu’est-ce qui t’a fait aimer la boxe ?
Franchement, j’étais dans une période de ma vie où j’avais beaucoup de problèmes. J’étais une enfant un peu perdue. Je voulais me défouler. J’étais très violente avec mes mots parce qu’on m’avait fait du mal. J’étais violente avec les gens qui m’entouraient alors qu’ils ne m’avaient rien fait du tout. Alors quand j’ai vu que je pouvais me défouler sans avoir de graves conséquences, sans être punie, ça m’a plu directement. Ça m’a permis de me canaliser.
Avec le bac, j’ai préféré sacrifier mon année de boxe pour l’école. Mais l’année prochaine, je compte passer en MMA.
Est-ce que tu comptes continuer ?
Là, je compte continuer le sport mais dans une autre discipline parce que je viens juste d’arrêter la boxe là, à cause de mon bac. J’ai fait un combat il y a trois semaines, j’ai gagné mais je me suis dit que c’était le moment d’arrêter parce que j’ai senti que je n’avais plus la même condition physique : j’étais trop fatiguée, je n’arrivais plus à tenir la cadence. Il fallait garder soit l’école, soit la boxe. Du coup j’ai préféré sacrifier mon année de boxe pour l’école. Mais l’année prochaine, je compte passer en MMA (arts martiaux mixtes).
Au début mon père, il n’était pas pour que je fasse de la boxe, j’avais de vrais, vrais coquards parce que je combattais contre des papas de 2 mètres, 100 kilos et tout.
Et est-ce que tu as l’impression que pour ta santé il y a eu des répercussions négatives ?
Il faut savoir que mes parents ne sont jamais venus me voir en combat, en compétition, ni personne de ma famille. Au début, ils pensaient que c’était un petit délire, que j’étais un peu folle. En gros, je me disais que personne ne croyait en moi. Au début ça me touchait, ça me faisait mal, mais avec le temps, je me suis habituée et aujourd’hui, ça me fait une force en plus. Et eux, avec le temps ils ont vu que ce n’était pas un délire, que je persistais et du coup, maintenant ils me suivent. Même s’ils ne viennent toujours pas à mes combats, ils me soutiennent. Physiquement, des fois, je rentrais chez moi, j’avais beaucoup de coquards, j’avais des grosses balafres. Au début mon père, il n’était pas pour, j’avais de vrais, vrais coquards parce que je combattais contre des papas de 2 mètres, 100 kilos et tout.
A partir du moment où j’ai fait mon cours d’essai, tout au début, de ce jour-là, je n’ai vraiment raté aucun entraînement. Et pendant deux ans, même mes vacances d’été, je les ai sacrifiées. J’ai dit à mes parents « je ne viens pas en vacances avec vous ». Et je partais à la salle de sport, j’y allais trois fois par jour, j’enchaînais. Aujourd’hui, quand je vois qu’il y a des résultats, franchement mon estime de moi-même a augmenté. Et je peux me dire que moi aussi, j’ai le droit de croire en moi ! Je peux réussir moi aussi !
Et tu nous as dit que, des fois, tu as des pertes de mémoire ?
Bah oui… je commence petit à petit à avoir des pertes de mémoire… en fait j’étais quelqu’un qui enregistrait tout, j’avais vraiment une bonne mémoire, même quand je lisais des livres… Mais maintenant j’ai des trous, j’oublie … même en cours … l’année dernière j’avais pleuré en cours parce que ma prof de bio me disait des notions, je captais et deux secondes après elle me demandait de répéter, j’avais déjà oublié. Et du coup ça me rendait folle. Je me disais « ouais, je n’étais pas comme ça de base ». Et c’est aussi ça qui me pousse à arrêter un peu, parce que je me dis que je ne sais pas comment je vais faire dans la durée.
Juste, je sais que récemment t’as fait des castings pour la télé. Tu ne veux pas t’orienter vers une carrière de comédienne ?
Moi, j’aimerais bien être actrice, franchement. C’est vraiment un rêve depuis toute petite. Ma prof de français avait vu un peu mon caractère, que j’étais un peu renfermée mais quand je parlais, je parlais ! Elle m’a proposé de faire du théâtre et ça a aussi été une manière autre que la violence de m’exprimer, d’extérioriser et ensuite d’augmenter ma confiance en moi. Ensuite, j’ai arrêté. Et franchement, je regrette d’avoir arrêté. Pour le casting, j’ai été repérée et je suis allée au casting en mode délire, je ne pensais pas du tout qu’on allait me rappeler. J’étais en cours, je reçois un message, je vois que c’est la réalisatrice, elle m’a dit « Shemsse, j’aimerais bien te revoir ». Elle m’a revue et elle a aimé mon personnage, etc. Elle m’a dit « je te rappellerai, on verra ce qu’on va faire ». Elle dit qu’elle aime bien mon profil.
Interview réalisée par Rihanna et propos retranscrits par Mme LATAPIE. Photos : Shemsse.
Article paru dans Tous Auffray Mag n°8, mai 2026
